Concours de recrutement des enseignants : les compétences professionnelles au cœur des épreuves

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Les épreuves des concours de recrutement des enseignants intègrent depuis 2013 l'évaluation des compétences professionnelles des candidats. Pierre Desbiolles, inspecteur général de l'Éducation nationale et assesseur du doyen, en charge notamment des concours de recrutement des enseignants, nous explique les raisons de cette évolution et les enjeux  pour les futurs candidats.

Portrait de Pierre Desbiolles, IGEN
Pierre Desbiolles, inspecteur général de l'Éducation nationale

"Les épreuves du concours s'attachent dorénavant à évaluer non seulement la maîtrise des savoirs disciplinaires et de leur didactique, (...) mais également des "compétences professionnelles" qui s’organisent en quatre grands domaines."

Pour quelles raisons les concours de recrutement ont-ils été rénovés en 2013 ?

La rénovation des concours de recrutement s'inscrit dans un contexte beaucoup plus large, celui de la refondation de l’École de la République concrétisée par la loi du 8 juillet 2013

Cette rénovation est l'un des trois piliers de la réforme de la formation initiale des enseignants. Les deux autres piliers sont d'une part le référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation, publié en juillet 2013, et d'autre part les formations dispensées au sein des masters MEEF métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation, définis par l’arrêté publié en août 2013. Tout se tient : le référentiel précise les compétences des enseignants, leur construction est engagée lors de la formation en ESPE (Écoles supérieures du professorat et de l'éducation) et les concours s'en emparent pour évaluer les candidats.

En quoi les épreuves du concours sont-elles plus professionnelles ?

Les épreuves du concours s'attachent dorénavant à évaluer non seulement la maîtrise des savoirs disciplinaires et de leur didactique, qui ne l'oublions pas est l'une des compétences du référentiel de compétences de juillet 2013, mais également certaines des autres compétences de ce référentiel, des "compétences professionnelles" qui s’organisent en quatre grands domaines :

  • le partage des valeurs de la République et le cadre éthique et institutionnel du métier d'enseignant,
  • les thèmes d’éducation transversaux et les grands sujets sociétaux,
  • les gestes professionnels liés aux situations d’apprentissage,
  • enfin les connaissances liées au parcours des élèves.

Comment et par qui sont préparées les épreuves de ces concours ?

Ce sont les membres des jurys, tous et toutes des professionnels reconnus de l'éducation (enseignants, universitaires, membres des corps d'inspection), qui préparent les épreuves de ces concours sous la responsabilité des présidents de jury bien sûr.

Quelles sont les épreuves qui concentrent la dimension professionnelle des concours ?

Les concours (premier et second degrés, hors agrégation) se composent de quatre épreuves : deux épreuves d'admissibilité (épreuves écrites 1 et 2) et deux épreuves d'admission (épreuves orales 3 et 4).

De la première à la quatrième épreuve, une place de plus en plus importante est donnée à l'évaluation des compétences professionnelles : dès la seconde épreuve écrite sont évaluées les capacités à adapter une activité pédagogique à un public donné dans une situation déterminée afin d'évaluer la connaissance des élèves et des processus d'apprentissage. Les épreuves orales d'admission permettent d'évaluer en particulier la capacité à s'approprier une posture d'enseignant, en interaction avec tous les acteurs du monde éducatif et dans un contexte institutionnel.

Attend-on des candidats des compétences de professionnels accomplis ?

Les membres des jurys savent tous que les compétences qu'ils évaluent sont en cours de construction. Certaines des compétences professionnelles ne peuvent d'ailleurs pas être évaluées en dehors de la classe, où se joue l'interaction entre l'enseignant et ses élèves ainsi que la construction des savoirs. Les membres des jurys sont attentifs à l'attitude des candidats, à l'expression d'une réflexion amorcée sur la très grande variété des aspects du métier d'enseignant, à leur engagement. Ce sont bien des compétences du référentiel de juillet 2013 qui sont évaluées, mais chacun sait que ce référentiel dresse le portrait d'un enseignant accompli. À chaque candidat de convaincre le jury que cet enseignant accompli sera bien l'enseignant qu'il souhaite (et va) devenir !

Faut-il opposer connaissances académiques et compétences professionnelles ?

Cette opposition me semble dépassée. Tout d'abord parce que la maîtrise d'un corpus disciplinaire est elle-même une compétence professionnelle essentielle des enseignants et ensuite parce que de nombreuses compétences professionnelles "non disciplinaires" exigent, pour être maîtrisées, un ancrage disciplinaire fort. Toutes les compétences du référentiel sont complémentaires, chacune d'entre elles explicite en définitive un des nombreux aspects du métier d'enseignant.

Faut-il obligatoirement avoir été en situation d’enseignement pour acquérir ces compétences professionnelles ?

Il faut sans doute, à un moment de sa formation, avoir connu une situation concrète et réflexive sur le métier d'enseignant pour que ces compétences puissent se construire. La formation reçue en première année de master MEEF dans les Écoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPE), les stages d'observation et de pratique accompagnée prévus au cours de cette même année sont une première étape vers cette construction, qui se prolongera en seconde année de master MEEF puis tout au long de la carrière de chaque enseignant.

Quelles sont les compétences évaluées ?

Ce sont les compétences du référentiel bien sûr. Ou, plutôt, certaines compétences, car toutes ne se prêtent pas facilement à une évaluation lors du concours (je pense par exemple à la compétence "Coopérer avec les parents d'élèves"). Une analyse très complète des compétences évaluables et évaluées lors de concours a été menée par l'inspection générale de l'éducation nationale dans un récent rapport " La professionnalisation des concours de recrutement. Bilan de la première session 2014 ", dont je recommande la lecture. Un mot peut-être tout de même sur la compétence "Faire partager les valeurs de la République ", dont on sait l'importance : qu'elle soit la première citée dans le référentiel n'est pas le fait du hasard.

Pour aller plus loin : des conseils pour se préparer aux oraux en intégrant les thématiques de la laïcité et citoyenneté

Concrètement, comment ces compétences sont-elles évaluées ?

Le format des épreuves des concours, en particulier celui des épreuves d'admission, permet l'évaluation des compétences professionnelles. La première épreuve, qui prend la forme d’une mise en situation professionnelle, vise à évaluer la capacité du candidat à engager la construction d’une séquence pédagogique et à justifier ses choix didactiques et pédagogiques face au jury. La seconde épreuve, qui consiste en un entretien à partir d’un dossier, permet d’évaluer l’aptitude au dialogue du candidat, son recul critique ou encore sa capacité à se projeter dans le métier d’enseignement ou d’éducation visé, par exemple à partir des réponses aux questions et aux situations abordées par le jury.

Comment acquérir ces compétences professionnelles ?

Ces compétences s'acquièrent tout au long de la formation en alternance mise en place dans le cadre des master MEEF, alternance entre la formation dispensée dans les ESPE et les stages prévus en première puis en seconde année. L'alternance est essentielle : elle permet de confronter savoirs théoriques et expériences de terrain mais place également très tôt les étudiants et les stagiaires au contact de tous les acteurs du système éducatif (collègues, tuteurs, formateurs, chefs d'établissement, inspecteurs, universitaires et élèves bien sûr). Des étudiants peuvent même bénéficier, dans certaines universités, de stages de pré-professionnalisation dès la licence !

Quels sont les enseignements du master MEEF qui préparent à ces épreuves professionnelles ?

Chaque ESPE a conçu et mis en place des cursus qui permettent de préparer au mieux les épreuves professionnelles, par des temps dédiés, reliés à un enseignement disciplinaire ou non. Le tronc commun de formation permet également d'aborder des thématiques et de construire une culture commune à tous les enseignants, culture commune mobilisable durant les épreuves et, bien au-delà, tout au long de sa carrière.

Comment les jurys évaluant les compétences professionnelles sont-ils composés ?

Il n'y a pas de membres de jurys qui évalueraient spécifiquement les compétences professionnelles alors que d'autres membres évalueraient les compétences disciplinaires ! Tous les membres du jury (enseignants, universitaires, membres des corps d'inspection) évaluent en collégialité les prestations des candidats et ce dans leur ensemble, sur tous les aspects, qu'ils soient disciplinaires ou "professionnels", si l'on en reste à cette distinction queque peu formelle.

Les jurys disposent-ils d’une grille pour évaluer les compétences professionnelles ?

Chaque jury est libre d'établir sa propre grille d’évaluation. Il n'est pas, à ma connaissance, envisagé de "normaliser" ces grilles, tout comme il n'est sans doute pas souhaitable de "normaliser" les prestations des candidats.

Pour aller plus loin : exemple de grille d'évaluation

Quelles sont les difficultés principales identifiées pour les candidats lors de ces épreuves professionnalisées ?

Je m'entretenais récemment avec un formateur ESPE à ce sujet, lui demandant s'il avait échangé avec d'anciens étudiants de master 1 MEEF (aujourd'hui stagiaires) à propos des concours et s'il avait identifié les facteurs de réussite et d’éventuelles difficultés. Sa réponse a été frappante : "Celles et ceux de mes étudiants qui avaient bien travaillé ont réussi". Derrière la fausse naïveté de cette réponse, on trouve finalement un message très optimiste pour les candidats. Mais, tout de même, remonte souvent des jurys une inquiétude sur la maîtrise de la langue française. Cette maîtrise est indispensable quelle que soit la discipline, il faut absolument le souligner.

Quels seraient vos conseils pour bien se préparer aux épreuves ?

Les équipes enseignantes des ESPE ont mis en place des formations adaptées aux exigences des concours, les candidats en première année de master MEEF sont donc particulièrement bien préparés aux épreuves. Je conseillerais également de lire (et de relire) les rapports des jurys ! Ce sont des mines d'information. Enfin, je dirais qu'il faut (malgré la charge de travail) rester curieux et continuer à se cultiver dans et hors sa discipline, pour le concours et pour le plaisir : la culture générale, c'est important !

Souhaitez-vous transmettre un mot d’encouragement aux candidats ?

Surtout croire en soi et ne pas se décourager, les dernières lignes droites sont toujours difficiles. Enseigner est un métier formidable, mais cela, les candidats l'ont bien compris !

Mise à jour : 18.04.2016

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