[Témoignage] Anne Godebout-Deflandre nous parle de son quotidien de professeure des écoles

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Dans le cadre rural d'un petit village de l'Eure, entre les Andelys et Louviers, Anne Godebout-Deflandre enseigne en tant que professeur des écoles au sein d'un regroupement pédagogique intercommunal (RPI). Elle partage son emploi du temps entre les élèves de moyenne et grande section maternelle et les CM1/CM2 auprès de qui elle dispense des cours d'anglais. C'est du côté des plus petits que le déclic s'est véritablement produit, il y a un peu plus de dix ans.

"Professeur des écoles : c'est le plus beau métier du monde, mais il faut y être préparé"

Anne Godebout

"Faire classe, c'est mettre en musique et en mots l'apprentissage"

Pourquoi avez-vous choisi de devenir enseignante ?

Ce n'était pas du tout une vocation : au départ, je voulais être assistante sociale ! Mais après le bac, je suis allée en fac de sociologie où j'ai choisi une unité supplémentaire qui proposait des stages d'observation dans des écoles. C'est là que j'ai compris que ce métier pouvait m'intéresser. Il avait des points communs avec ce que je voulais faire au départ : une relation de confiance à mettre en place, une autre manière de protéger les enfants avec, en plus, ce rapport à la transmission du savoir et du savoir-être. Je suis arrivée en maternelle parce que j'ai toujours privilégié la zone d'habitation et non le niveau, mais un an a suffi pour que j'y sois encore dix ans plus tard !

Pourquoi avez-vous choisi d'enseigner dans le premier degré ?

Enseigner auprès d'enfants âgés de 3 à 11 ans, c'est selon moi le plus intéressant. On les éveille à l'intérêt d'apprendre, à lire ou à compter... On leur donne des méthodes d'acquisition. Il y a aussi ce lien qui existe avec les parents, avec qui nous sommes en contact permanent le matin et le soir. Et puis, le fait d'être formatrice m'apporte beaucoup. Cela implique une évolution permanente de mes pratiques, afin de pouvoir aider au mieux les jeunes stagiaires dans leur formation.

Quelles sont les spécificités de l'enseignement dans une commune rurale ?

C'est avant tout le rapport aux autres qui est différent. La relation qu'on a avec les parents d'élèves, très demandeurs, qui veulent beaucoup voir l'enseignant, ou encore avec les maires. Car j'exerce au sein d'un regroupement scolaire qui comprend deux autres villages.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans la pratique de votre métier ?

C'est avant tout l'échange avec mes élèves. D'un côté, je leur apporte mes connaissances, et de l'autre, ils me le rendent quand ils prennent plaisir à travailler et qu'ils progressent. Notre rôle est de capter leur attention, de faire en sorte qu'ils travaillent avec plaisir, mais aussi de savoir les écouter, être toujours attentionné, donner et redonner les consignes, gérer les petites tensions... Il y a dans ce métier une bienveillance qui me plaît vraiment.

Quels avantages y a-t-il à être enseignant ?

On ne peut pas ne pas évoquer la sécurité de l'emploi, la stabilité - en termes de revenus également - c'est très important. Les vacances, aussi, c'est une grande chance, et le fait de pouvoir organiser sa vie personnelle de manière assez fluide.

C'est un métier très stimulant intellectuellement, on ne connaît pas la routine ! On est toujours en mouvement, dans la recherche, les apprentissages, on se remet sans cesse en question sur nos pratiques... Sans oublier qu'on travaille en équipe : quand on a des doutes, on peut discuter avec des collègues qui nous rassurent.

Il y a aussi l'absence de pression hiérarchique. On a des programmes à respecter et on est inspectés tous les trois ou quatre ans, mais chaque jour, on est seul face à nos élèves. Mon but, ce n'est pas de satisfaire un patron, c'est que mes élèves réussissent.

A contrario, quels sont, selon vous, les inconvénients du métier ? Les difficultés auxquelles il faut faire face ?

Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent encore, nos journées ne finissent pas à 16h30 ! On ne rentre pas à la maison sans ouvrir à nouveau son cartable pour préparer sa classe et le matériel en amont, consigner dans un cahier journal le programme de la journée afin de tenir son emploi du temps et le programme, rédiger les fiches de séquence pour accompagner la construction des apprentissages... sans oublier la correction des cahiers et des différentes activités. Et puis, il faut savoir anticiper, garder cette rigueur de travail pour continuer l'apprentissage au fil du temps.

En quoi votre pratique de l'enseignement a-t-elle évolué depuis le début de votre carrière ?

L'arrivée du numérique est emblématique. Aujourd'hui, nous disposons d'un vidéoprojecteur, de tablettes, d'ordinateurs... Avec mes maternelles, par exemple, nous avons un projet de dessin animé. C'est transdisciplinaire, ça regroupe plusieurs compétences : le langage car ils racontent une histoire, l'art visuel, etc. Cela fait aussi trois ans que j'ai mis en place un blog de classe, notamment pour créer un lien avec les parents. Je me dis de plus en plus que c'est aussi mon rôle de transmettre une culture numérique.

Comment avez-vous évolué de votre côté ?

Avec l'expérience, on apprend à faire face à ses erreurs passées. J'ai compris qu'une posture plus réflexive, moins "dans le contrôle", apporte aux élèves plus de plaisir à penser, apprendre et se construire.

Le fait qu'on puisse évoluer dans ce métier, avec des formations continues, est important pour se remettre en question et pour que l'apprentissage se déroule dans les meilleures conditions.

Enfin, quels conseils donneriez-vous à de futurs enseignants ?

Ce n'est pas parce qu'on a été bon élève que ça suffit pour être un bon prof ! Enseigner, c'est avant tout communiquer. Il faut rendre sa pédagogie accessible. Faire classe, ce n'est pas aligner des connaissances, c'est mettre en musique et en mots l'apprentissage. Pour être efficace, il ne faut pas être dans une pédagogie du face-à-face, mais du côte à côte. Oui, c'est le plus beau métier du monde, mais il faut y être bien préparé.

Propos receuillis en Février 2016.

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Mise à jour : 8.04.2016

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Être professeur des écoles

Le professeur des écoles travaille auprès d'enfants âgés de 2 à 11 ans. Enseignant du premier degré, il exerce en école primaire, allant de la première année de maternelle à la dernière année de l'école élémentaire (CM2).

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