[Témoignage] Mathilde Denoyer nous parle de son quotidien de professeure d'histoire-géographie en collège

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À la croisée des enjeux d'actualité et de citoyenneté, l'enseignement de l'histoire et de la géographie occupe Mathilde Denoyer depuis sept ans. Au collège Philippe-de-Champaigne au Mesnil-Saint-Denis (Yvelines), cette enseignante mesure chaque jour, auprès de ses élèves de 3e, l'étendue des implications d'un métier qu'elle a choisi par vocation.

"C'est un métier absolument formidable où on a la chance d'avoir le côté communication et relationnel, et de bénéficier d'une très grande liberté."

"C'est un métier absolument formidable où on a la chance d'avoir le côté communication et relationnel, et de bénéficier d'une très grande liberté."

Pourquoi avez-vous choisi de devenir enseignante ?

En terminale, j'ai eu un prof d'histoire-géo fabuleux, très motivant et qui ne laissait personne de côté. C'est là que je me suis rendue compte de la différence que pouvait créer un prof qui arrivait à donner envie, à motiver ses élèves à travailler.

Pourquoi avez-vous choisi d'enseigner l'histoire-géographie au collège ? Comment abordez-vous les questions de citoyenneté et d'actualité avec vos élèves ?

C'est une matière qui s'adresse à tous les élèves, qui permet de réfléchir, échanger, discuter et débattre. Si j'ai choisi le collège, c'est parce qu'on est face à de jeunes personnes "en formation", très curieuses et demandeuses d'informations sur les questions d'actualité.

On a beaucoup discuté à l'occasion des deux vagues d'attentats en France : mes élèves rapportaient tout un tas d'informations erronées, car ils sont très sensibles aux théories du complot. Ce n'est pas toujours facile. Notre rôle est de faire un travail de déconstruction, de confrontation des sources et d'apprentissage de l'esprit critique pour en faire de véritables citoyens. C'est un travail de longue haleine.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans la pratique de votre métier ?

Sans hésiter, le côté relationnel. Un cours ne se passera jamais de la même manière et les ados ont souvent une énergie très communicative. Je ne passe jamais une heure de cours sans sourire ni sans rire. Et même si on entend souvent qu'il manque de gratitude dans notre métier, ce sont de petites réflexions de tous les jours qui nous gratifient, par exemple, quand la fin de l'heure sonne et que des élèves s'exclament "Oh non, c'est déjà fini !"...

Quels avantages y a-t-il à être enseignant ?

Avec mon CAPES, j'ai environ 18 heures de cours par semaine : il y a donc une vraie possibilité de gérer son temps, ses horaires, de travailler à la maison - ce qui représente un avantage certain pour la vie de famille, contrairement à beaucoup d'autres professions. C'est un métier qui est très fatigant, mais on a des vacances toutes les six ou sept semaines.
Depuis trois ans, je suis aussi formatrice en histoire-géographie. Je forme d'autres professeurs, notamment en gestion de l'hétérogénéité. Cette mission me permet de sortir de ma classe, d'exercer d'autres compétences et de faire d'autres choses comme réaliser des publications pour le CNED, pour CANOPE ou pour alimenter le site académique.

A contrario, quels sont selon vous les inconvénients du métier ?

Le plus compliqué, c'est peut-être les premières années quand on n'a pas encore un poste fixe. Même si on est formé, il s'agit aussi de trouver sa propre manière de gérer des élèves. Mon arme à moi - et j'ai mis du temps à la trouver -, c'est l'humour.

C'est aussi un métier assez chargé en réunions concentrées sur les mêmes périodes, comme les conseils de classe, les réunions parents-profs, la remise des bulletins... Et si préparer les cours est très intéressant, la correction de copies reste un travail long et fastidieux ! Enfin, on peut être confronté à des situations familiales ou personnelles dramatiques, il faut donc savoir se construire une carapace pour ne pas se laisser trop atteindre...

En quoi votre pratique de l'enseignement a-t-elle évolué depuis le début de votre carrière ?

Les premières années, je faisais des cours très classiques, plutôt magistraux. Mais je suis arrivée à un niveau de maîtrise des connaissances qui me permet de réfléchir à d'autres manières de faire cours. Par exemple, je passe par le travail de groupe, pour que les élèves s'aident les uns les autres, selon les niveaux.

Vous avez exercé dans plusieurs établissements, auprès d'élèves handicapés également. Comment ces expériences ont-elles influencé vos méthodes d'enseignement ?

Je me suis beaucoup demandée comment faire pour que l'élève qui n'y arrive pas comprenne lui aussi - et ça m'a amenée à la différenciation pédagogique. J'ai également dû faire un important travail d'adaptation avec des élèves déficients visuels, en proposant des cartes, des tableaux et des images adéquats. L'objectif est de faire progresser tous les élèves et de ne pas en laisser la moitié sur le bord de la route.


Que diriez-vous à un étudiant pour l'inciter à devenir enseignant ?

C'est un métier où on a la chance d'avoir le côté communication et relationnel, et de bénéficier en plus d'une très grande liberté. Même si on est évidemment cadré par les programmes, on est libre de ce qu'on fait dans sa classe. Et puis on travaille en équipe, surtout que les profs sont assez soudés, on est rarement isolé. On a aussi la chance d'être formés de manière continue.

Ce qui est absolument nécessaire, c'est d'aimer communiquer. C'est passionnant de transformer des textes du programme en savoirs compréhensibles et assimilables par des élèves, c'est une opération intellectuelle très stimulante !

Et puis, la responsabilité que l'on a dans la construction d'un adolescent, c'est un peu effrayant, mais formidable car on peut se dire que l'on aura eu un impact, même minime, sur ce que devient un être humain.

Enfin, quels conseils donneriez-vous à de futurs enseignants ?

Mon conseil principal, c'est de ne pas faire cela pour la matière, mais parce qu'on aime les élèves. Être passionné d'histoire-géo donne certes toutes les cartes pour communiquer son intérêt, mais il faut aimer communiquer cet intérêt plus encore qu'il ne faut aimer sa discipline.

Il faut aussi profiter de la chance de pouvoir retrouver ses collègues pour demander conseil aux plus expérimentés, car on n'est jamais formé à tous les niveaux.

Enfin, il faut trouver un moyen, le plus tôt possible dans ses études, de faire une semaine de stage pour se retrouver face à des élèves. On ne se rend pas compte de ce qu'est une journée entière avec des ados, ni du travail que cela implique en dehors de l'établissement. C'est un métier absolument formidable, mais il faut être convaincu avant de se lancer et, surtout, ne pas le faire par défaut.

Propos recueillis en février 2016

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Cédric Peter

"L'enseignement évolue perpétuellement, il est donc essentiel de continuer à se former (...) et garder une grande ouverture d'esprit. Concrètement, en échangeant avec les collègues, en lisant des ouvrages didactiques, en se cultivant, mais aussi en ne quittant pas un cours en se disant que c'est terminé, mais en se demandant plutôt pourquoi certaines choses ont réussi et d'autres non."

"J'aime beaucoup enseigner au collège. On s'adresse à des jeunes gens en pleine transformation personnelle et cela implique un rapport particulier avec les élèves. (...) l'enseignant reste une figure d'autorité dont le rôle est de transmettre des savoirs."


CollegeITW-visio1 par EducationFrance

Mise à jour : 29.04.2016

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