Gestion de classe et relation avec les parents d'élèves : les bons réflexes à avoir

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Celles et ceux qui se destinent au métier d’enseignant expriment parfois des appréhensions quant à la façon de gérer les conflits ou les oppositions qu’ils anticipent lorsqu’ils se représentent l’exercice de ce métier. Plusieurs questions reviennent fréquemment sur ce thème. Claude Bisson-Vaivre, médiateur de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, y apporte son éclairage avec des conseils techniques et la recommandation de gestes professionnels utiles pour maîtriser le savoir-faire relationnel qui est indispensable à la réussite éducative.

Construire la qualité de la relation pédagogique et éducative : des compétences qui s'acquièrent dès l'ESPE

Instaurer une ambiance de travail et maintenir la discipline dans la classe font partie des différentes compétences professionnelles attendues de la part d’un enseignant. C’est ce que l’on appelle parfois "l’autorité" de l’enseignant face à ses élèves. Si près de 40% des enseignants du collège déclarent perdre du temps à cause d’élèves qui perturbent la classe, la quasi-totalité affirment pouvoir gérer ces comportements (95 %). Par ailleurs, plus des deux tiers des enseignants (67 %) indiquent que leurs élèves s’efforcent de faire régner un climat agréable.

Face à la question de l’autorité, les enseignants ne sont pas seuls. Les échanges avec la direction, le professeur principal, le conseiller principal d’éducation et tous les acteurs du système éducatif permettent du mieux cerner chaque élève et donc de répondre à ses besoins. Les politiques d’établissement sont également capitales et aident les enseignants.

Au sein des écoles supérieures du professorat et de l’éducation, les futurs enseignants se forment à la gestion de classe. La gestion des conflits et de la violence est l’un des enseignements de tronc commun : il est enseigné dans toutes les ESPE. Les stages en établissement permettent de se former, sur le terrain, à la gestion de classe. En deuxième année de master MEEF, deux tuteurs travaillent en collaboration : un tuteur de terrain au sein de l’école ou de l’établissement d’affectation et un tuteur universitaire au sein de l’ESPE. Ces tuteurs ont pour mission de conseiller et d’aider l’étudiant pour sa prise de fonction, la conception des séquences d’enseignement mais également la gestion de la classe.

Maîtriser le savoir-faire relationnel : conseils et recommandations

Claude Bisson-Vaivre
Claude Bisson-Vaivre

Médiateur de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur

"Comment réagir lorsque les parents remettent en cause les méthodes de travail de l’enseignant ?"

Claude Bisson-Vaivre : "Voilà quelques mois, interrogé sur la relation entre l’école et les parents je répondais que "L’école était  un service public comme les autres mais un service public différent". Il faut l’admettre, l’institution scolaire est devenue un service public et par extension un service au public. Ne manions pas la nostalgie pour le regretter mais positionnons-nous comme exerçant un métier à part entière qui est caractérisé par son mode de recrutement, la formation initiale et continue que reçoivent ses membres, l’éthique qui les anime et la déontologie professionnelle qui définit les actes qu’ils conduisent.  Parmi ces actes professionnels, il y a la relation avec les parents. Il faut définitivement admettre que l’élève est un enfant ou un adolescent qui n’appartient pas à l’enseignant mais qui lui est confié. Les parents ont le droit de savoir comment on enseigne à leur enfant. La meilleure réponse à la contestation des méthodes est l’explication donnée sur les choix qu’on a fait pour faire progresser ou apprendre l’élève, en distinguant bien l’élève et l’enfant mais en faisant le lien entre les deux pour montrer que ce qui se fait à la maison peut avoir des conséquences sur les apprentissages. À l’instar de ce qui se passe pour d’autres activités professionnelles, l’enseignant, en présence d’un élève et de ses parents, plus spécifiquement pour l’élève qui rencontre des difficultés, repère ces difficultés en se fondant sur des indicateurs tels que les hésitations dans la lecture, l’incompréhension de mots pourtant souvent rencontrés, du temps plus long pour maîtriser des outils mathématiques, le manque de concentration, des absences, des notes qui chutent, etc.. Il identifie  des réponses pédagogiques que seul l’enseignant maîtrise parce qu’il a été formé pour cela et c’est précisément ce qui caractérise son métier. Et c’est par l’explication posée, sereine et patiente, de ce diagnostic qu’il a posé et de la stratégie pédagogique qu’il préconise pour y remédier, parce que la démarche est maitrisée, qu’il emporte la conviction des parents. Expliquer son métier par les choix qu’il nous conduit à faire pour faire réussir est passionnant, d’autant qu’il conduit à la réflexion sur nos actions."

"Que faire lorsque les parents remettent en cause l’autorité de l’enseignant devant leur enfant ? Que répondre aux parents qui remettent en cause l’autorité de l’enseignant ?"

Claude Bisson-Vaivre : "C’est un fait fréquent et il ne sert à rien de le déplorer. Cette remise en cause n’est pas un fait nouveau. Inutile de considérer que c’était mieux avant. Cependant, il faut admettre qu’un tel comportement peut déstabiliser le professionnel. Le premier conseil est de ne pas laisser paraître cette déstabilisation (pas toujours facile) mais de prendre le temps de présenter la déontologie qui régit le métier d’enseignant.  Et d’abord, de faire expliciter, avec les mots des parents, leur définition de l’autorité. Car de quelle autorité parle-t-on ? Celle du maître n’est pas celle des parents et autorité ne peut pas être assimilée à autoritarisme. L’autorité de l’enseignant repose sur la maîtrise des savoirs et sur ses compétences à les transmettre et à faire "grandir" l’élève, à l’évaluer à ses justes compétences. Cette autorité s’exerce dans le cadre de la classe et de l’établissement. Elle est différente de l’autorité filiale. Dans un processus de coéducation, il faut jouer l’alliance. Et, si possible en présence de l’élève, prenez ou reprenez l’initiative de définir ce qui peut être fait par les parents, sans accuser,  et par vous-même, dans le cadre des compétences de chacun. Surtout ne contestez pas l’autorité des parents qui eux-aussi ont parfois du mal à l’exercer et s’en remettent au maître, dans une idéalisation du rôle de celui-ci. Contrairement à des idées reçues, il n’y a pas de parents qui "démissionnent". Quel parent ne veut pas le meilleur pour son enfant ? Mais tous ne savent pas comment le mettre sur le chemin de ce meilleur. Le statut d’ "enfant-roi" est la solution qu’ils ont parfois trouvée. Elle est souvent une position de protection et de déculpabilisation.
Ceci étant, l’anticipation est sans doute la meilleure des  voies à prendre. Tout ce qui  a pu être présenté en amont et régulé par des rencontres régulières,  comme les éléments constitutifs de l’acte éducatif, contribue à éviter des situations d’inconfort. On est trop souvent dans l’urgence faute d’avoir pensé que des évènements de ce type peuvent se produire. Le travail en équipe, l’échange de pratiques, la confrontation de situations problèmes vécues par chacun des enseignants constituent des modalités et des situations de formation dont il faut s’emparer très tôt dans le métier."

"Comment répondre à un élève qui conteste le savoir ? Comment gérer les conflits et expliquer  à un élève qui ne peut remettre en cause le savoir de son enseignant ?"

Claude Bisson-Vaivre : "L’enseignant ne détient pas tous les savoirs mais le savoir qu’il détient n’est pas contestable car il est constitué  de vérités scientifiquement fondées et vérifiées. A ce titre, il ne saurait être remis en cause. Mais incontestable ne signifie pas qu’il ne faut pas prendre le temps de l’expliquer pour mieux en fonder les sources. A ce titre, la Lettre aux instituteurs de Jules Ferry est explicite et mérite d’être relue avec profit. La parole de l’élève doit être reçue pour mieux lui expliquer, partant de ce qu’il avance, que sa contestation n’est pas recevable. Comment reprendre l’erreur si elle ne s’exprime pas ? Comment lever le doute si l’élève n’a pas l’autorisation d’avancer sa croyance et lui montrer alors qu’il fait fausse route ? L’expression laissée libre dans un premier temps doit contribuer au dialogue pour déconstruite la croyance et reconstruire la vérité donc le savoir dans un second temps. Attention, ne jamais laisser la croyance s'exprimer sans que les vérités scientifiquement démontrées soient exposées. Pas d’impatience, on n’y parvient pas du premier coup. Il faut parfois du temps long et travailler en équipe pour faire émerger des stratégies de reconquête de champs de savoirs qui auraient pu être perdus sous l’influence de la croyance.
Mais attention, désormais le maître n’est plus le seul à transmettre le savoir. Il existe d’autres médias qui amènent des informations qu’il faut apprendre à vérifier. C’est le rôle de l’enseignant. Par ailleurs, il semble important d’intégrer ces médias dans le processus d’accès au savoir, sous la maîtrise de l’enseignant.
C’est la mise en confrontation de l’élève avec des situations complexes qui peut l’amener à rechercher les connaissances dont il a besoin pour résoudre ces situations. Dans la quasi-totalité de celles-ci, créées en fonction de l’âge et du niveau des élèves, des informations seront apportées progressivement par l’enseignant qui témoignera très vite du statut qu’il n’a jamais perdu. Mais cela passe sans doute par un effacement dans un premier temps laissant l’élève seul  face à la complexité, pour mieux reprendre son rôle de source de savoirs dans un second temps.
Les travaux de groupe sont aussi l’occasion de remettre le savoir au centre du sujet. Les élèves ne partagent pas tous la même approche vis-à-vis du savoir du maître. Des régulations s’installent de fait.
Mais revenons au principe : les savoirs que l’enseignant détient et que ses études lui ont permis de capitaliser, que les examens et les concours ont validés, ne sont pas contestables."

Comment promouvoir et faire vivre une culture du dialogue ?

Claude Bisson-Vaivre : "La première des conditions c’est d’en avoir la volonté ! Il y a dialogue quand il y a volonté de partager quelque chose avec quelqu’un d’autre. La réserve qu’on peut avoir à rencontrer des parents s’inscrit dans une histoire et dans un processus de protection. Elle ne participe pas de la construction de la confiance et de l’affirmation de son autorité puisqu’on pourrait  vite l’assimiler à un retrait par crainte de mise en danger. Il n’y a rien de dangereux dans l’évocation du métier qu’on a choisi, des objectifs qu’on se donne et des ambitions que l’on a pour les élèves que les parents confient aux enseignants (confier/confiance).

Il faut donc multiplier les occasions de dialoguer pour faire s’exprimer les différences, les différends et les dissensions et lever des doutes. C’est la rareté des rencontres ou leur contextualisation excessive qui les transforme en moments longs de relative agressivité, de contestations et de craintes. Au contraire, leur fréquence améliorée peut en faire des moments courts d’échanges entre deux parties qui abordent professionnellement pour l’un et affectivement pour l’autre un sujet commun. Ces temps seront d’informations réciproques qu’il faut accepter. Convoquer des parents ne contribue pas au dialogue mais les inviter à échanger, trouver des occasions décontextualisées pour amener à parler de l’élève pour l’un et de son enfant pour l’autre donne une autre signification à l’échange et évacuera les émotions qui sont sources de malentendus. Ne pas oublier que le dialogue est un processus continu.

On n’oubliera pas non plus de créer les conditions d’espace du dialogue : pas dans un couloir, pas dans un hall inconfortable et froid. La classe peut-être un lieu propice à condition qu’elle offre un espace de convivialité pour adultes ; elle est un lieu propice car elle donne à voir l’outil de travail de l’enseignant et les objets avec lesquels il exerce son métier.
Le dialogue est une des composantes premières du métier d’enseignant notamment dans ses relations avec ceux qui regardent l’acte pédagogique ; les parents sont de ceux-là et veulent comprendre comme ils souhaitent qu’on parle de leur enfant."

Des enseignants partagent leur expérience

Avez-vous été formé à la gestion de classe ?

Nous avons participé à deux formations de gestion de classe pendant l’année de M1 à l’ESPE. Elles se focalisaient surtout sur la place du professeur dans la salle de classe : comment se positionner en figure d’autorité (via le verbal et le non-verbal) et comment faire face aux problèmes survenant dans la salle de classe : essayer de les prévenir, puis dans le cas échéant trouver la meilleure façon de les résoudre.

Appréhendiez-vous la relation avec les élèves avant vos premiers stages ? Avez-vous été surpris ?

Il est toujours difficile d’imaginer à quel public nous allons faire face avant nos premiers cours. Les angoisses s’effacent après le premier contact. Après plusieurs mois d’enseignement, j’estime entretenir une bonne relation avec mes élèves, basée sur les valeurs de bienveillance et de fermeté dont on nous parlait pendant les formations de gestion de classe.

Quels sont vos petits trucs pour instaurer une ambiance de travail en classe ?

Il est impératif pour moi de garder le sourire et de montrer à nos élèves qu’on prend plaisir à leur faire cours. Instaurer une ambiance propice au travail en classe passe par l’annonce de consignes claires pour tout le monde, mais aussi des consignes adaptées aux différents types d’élèves. Il est important de réfléchir à des activités qui placent chaque élève dans une position active. Ainsi, tous les élèves pourront se mettre au travail. Donner un temps imparti pour réaliser une activité aide aussi les élèves à se plonger plus facilement dans une ambiance de travail.

Lucas, étudiant en M2 MEEF à l'ESPE de Strasbourg


"Les rituels que j'ai instaurés" : Hella F., professeure de lycée
(témoignage vidéo WebTV de l'académie de Versailles)

"L'agitation en classe" : Flavie G., professeure de collège
(témoignage vidéo WebTV de l'académie de Versailles)

Être enseignant aujourd'hui

Faire de ses élèves des citoyens instruits et éclairés, travailler en équipe, apprendre tout au long de sa vie : qu'est-ce qu'être enseignant aujourd'hui ?

Vous voulez devenir enseignant ?

Les ESPE proposent une formation professionnalisante pour devenir enseignant.

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